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Smarter Cycling : à qui profite la connexion ?

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Mobilité durable, fin de la congestion du trafic, partage, mobilité choisie, multimodalité, réduction de l’impact environnemental… Ces enjeux actuels sont tous reliés par la question cruciale du transport et des déplacements, notamment urbains mais pas exclusivement. La recherche et les expérimentations sur les mobilités sont en pleine effervescence; poussées par les crises, celle des gilets jaunes ou du dérèglement climatique par exemple.
Un des emblèmes de cette recherche est la voiture autonome; mais cet emblème n’est qu’une des formes données au matériau qui sert ces recherches : les données, les big datas. La captation puis la transformation par le calcul de ces données rend possible une telle invention. A l’échelle d’une ville, les données captées des connexions, des GPS intégrés aux smartphones, aux voitures et véhicules de transports promettent ainsi la gestion automatisée des flux de circulation et la fin de la congestion.
A l’échelle du vélo, puisque c’est cela qui nous intéresse, les cyclistes urbains sont devenus une cible privilégiée. Ils effectuent des trajets rapides, sont agiles dans la circulation, peuvent emprunter toutes sortes de voies, sont capables d’improviser et autonomes par rapport aux obstacles : bouchons, conditions, grèves, pannes. En outre le parking est aisé et gratuit. Bref c’est un moyen de transport finalement assez optimal et un sujet d’étude légitime. Mais leur autonomie fait aussi qu’ils sont « sous les radars », assez difficiles à capter et à cerner. Une série d’articles appelés « Smarter Cycling », et relayés sur le site de l’European Cyclist’s Federation est à cet égard assez révélateur de l’intérêt et de la difficulté que posent les cyclistes dans l’élaboration des transports du futur.

Un des emblèmes de cette recherche est la voiture autonome; mais cet emblème n’est qu’une des formes données au matériau qui sert ces recherches : les données, les big datas. La captation puis la transformation par le calcul de ces données rend possible une telle invention. A l’échelle d’une ville, les données captées des connexions, des GPS intégrés aux smartphones, aux voitures et véhicules de transports promettent ainsi la gestion automatisée des flux de circulation et la fin de la congestion.
A l’échelle du vélo, puisque c’est cela qui nous intéresse, les cyclistes urbains sont devenus une cible privilégiée. Ils effectuent des trajets rapides, sont agiles dans la circulation, peuvent emprunter toutes sortes de voies, sont capables d’improviser et autonomes par rapport aux obstacles : bouchons, conditions, grèves, pannes. En outre le parking est aisé et gratuit. Bref c’est un moyen de transport finalement assez optimal et un sujet d’étude légitime. Mais leur autonomie fait aussi qu’ils sont « sous les radars », assez difficiles à capter et à cerner. Une série d’articles appelés « Smarter Cycling », et relayés sur le site de l’European Cyclist’s Federation est à cet égard assez révélateur de l’intérêt et de la difficulté que posent les cyclistes dans l’élaboration des transports du futur.

(…)« Currently, cyclists are anonymously, individually competing with other urban transport systems. These cyclists are on the whole “un-seen”, “un-heard”, un-considered. Urban transport planners have little accurate, comprehensive way to count, monitor, and take into consideration the real-time movement of citizen cyclists through the urban environment. Which means they have little knowledge of how to improve the situation. We need to move from today’s mechanical, individualist cycling to tomorrow’s connected, considered cycling. »
(…)
« Tomorrow’s cars and trucks are being already designed to communicate with each other in real-time, and to the urban transport network, optimizing use, safety, economy, and efficiency. Cyclists risk being once again shoved to the side of the road. To be competitive with other forms of transport and put this Smarter Cycling at the centre of Smart Mobility, industry and advocacy need to collaborate. We need to develop commercial mechanisms to share data and push cycling use to urban planners: all with a view to creating the ultimate, ideal Smart City. »

(…) Actuellement les cyclistes sont dans une compétition anonyme, individuelle avec d’autres systèmes de transports urbains. Ces cyclistes sont globalement invisibles, inaudibles, inconsidérés. Les planificateurs des transports urbains n’ont pas de moyens précis et globaux pour compter et modéliser et prendre en considération les mouvements en temps réel des citoyens cyclistes dans l’environnement urbain. Ce qui signifie qu’ils n’ont qu’une faible connaissance de la manière d’améliorer la situation. Nous devons passer du cyclisme actuel, mécanisé et individuel, au cyclisme de demain, connecté et pris en considération. »
(…)
« Les voitures et véhicules de transports de demain sont déjà conçus pour communiquer entre eux en temps réel et avec le réseau de transport urbains, optimisant l’usage, la sécurité, l’économie et l’efficacité. Les cyclistes risquent d’être encore une fois laissés sur le bord de la route. Pour être compétitifs avec les autres formes de transports et placer ce Cyclisme Intelligent au centre de la Mobilité Intelligente, l’industrie et la défenseurs du vélo doivent collaborer. Nous devons développer des mécanismes commerciaux pour partager les données et faire prendre en compte l’usage des vélos auprès des planificateurs urbains : tout cela dans l’idée et créer la vraie Ville Intelligente idéale.

Traduction Charles Boucher – Les Cyclonautes. Lien vers l’article : https://ecf.com/what-we-do/cycling-new-technologies/towards-smarter-cycling

Ces paragraphes, au ton assez va-t-en-guerre, menaçant les cyclistes d’être laissés sur le bas-côté de l’évolution s’ils ne coopèrent pas, montrent assez l’avidité des acteurs du cycle et des planificateurs de transports envers les données relatives à nos déplacements. En fait vos habitudes de mobilité, chers citoyens cyclistes, valent de l’or.
L’industrie du cycle et de la mobilité présente, dans un autre article de la série, l’instrument proposé au cycliste et capable de le connecter tout en lui procurant une meilleure « expérience vélo » : le M.A.T., Magnetic Assisted Tap. Il s’agit d’un support de guidon pour smartphone amélioré, l’un parmi d’autres appareils de ce type qui arrivent sur le marché (1). L’appareil est proposé sur un Vélo à Assistance Electrique de marque Nexum et est d’ailleurs plus spécifiquement destiné à ce type de vélos.
Il est couplé avec un commutateur de guidon et appairé avec un cadenas contrôlé par l’application dédiée.

Image : http://www.esb.bike/mat/


Le but, avoué, de ce type d’appareils est de placer un smartphone sur tous les vélos en proposant une pléïade de fonctions via l’application : déverrouillage du vélo, allumage des feux, guidage GPS, météo en temps réel sur le parcours, lecture des titres des informations du jour, écoute de musique, communications téléphoniques, indication de vitesse, moyenne, cadence de pédalage mais aussi niveau de charge de la batterie, kilomètres restant avec la charge, détection de panne, détection d’accident, alarme anti-vol etc. L’appareil se connecte via un réseau Bluetooth à basse consommation au BMS : Bike ou Battery Management System. Il s’agit du « cerveau » du vélo qui gère la batterie et en optimise le fonctionnement à l’aide de capteurs et de mémoire enregistrant l’évolution électrique mais aussi la force, fréquence, vitesse de pédalage, les distances parcourues etc. L’appareil est équipé de son propre module GPRS et GPS et ainsi l’application ne nécessite pas l’utilisation du GPS du smartphone. L’ensemble de ces fonctions constitue « l’expérience vélo » proposée. En contrepartie l’utilisation de l’application implique la récupération des données produites. Ces données servent à proposer des services, notamment l’entretien ou le changement de la batterie. ESB (ESocialBike), le développeur du MAT, cartographie ainsi le système autour d’un Cloud Service récupérant les données :

Image : http://www.esb.bike/b2b/

La connectivité proposée est extrême. La question de l’utilisation des données personnelles et/ou ouvertes est très délicate et la législation évolue constamment. Mais la lecture de quelques articles sur les données cartographiques urbaines et leur traitement enseigne rapidement sur les enjeux commerciaux et le potentiel de ces données (2). Plus qu’un appareillage pour vélo individuel, l’ambition du MAT est celle d’un système de gestion de vélos, multipliant les données disponibles. Sans préjuger de l’utilisation qui est faite de ces données (généralement revendues), on peut aussi se demander s’il ne serait pas aussi simple, pour connaître les habitudes et le fonctionnement des cyclistes, de les interroger, ou d’étudier les revendications des associations d’usagers, de connaisseurs du domaine.

Et le vélo dans tout ça ? dans la vidéo de promotion, le MAT est proposé sur un Vélo à Assistance Electrique pliant, qui vise l’usager urbain. Bien qu’équipé de freins à disques (à câbles cependant) le reste du vélo n’a visiblement pas été l’objet d’une attention particulière. Il est dénué de feu arrière; les loupiotes avant sont anecdotiques et il faudra ajouter un phare pour y voir de nuit. Il n’est pas équipé de garde boues, donc à la moindre pluie c’est la douche. Pour un usage urbain c’est assez gênant. Visiblement le vélo est surtout un support pour le MAT.
Les fonctions dispensées par l’application ne sont guère plus utiles. Y-a-t-il vraiment un intérêt à avoir la météo « en direct » sur son parcours alors qu’il suffit de lever le nez ? Est-ce qu’écouter de la musique, lire les titres des informations ou écouter de la musique sont des expériences vélo autres qu’éminemment dangereuses ?
Le service connecté de diagnostic-réparation proposé sur le système concerne la partie électrique du vélo. Il est censé diagnostiquer l’usure de la batterie (usure que l’on doit bien constater par ailleurs), contrôler l’état de garantie et fournir les pièces. Mais en cas de crevaison ou de défaut de câble de frein il faudra bien savoir s’occuper de son vélo. La vidéo de présentation du système EsocialBike à destination des professionnels est à cet égard intéressante (3). Elle décrit un système hybride entre gestion de flotte et vélo personnel. L’idée est de créer un réseau d’utilisateurs individuels de ces vélos connectés sans la contrainte de la partie cycle du vélo, sans prendre en compte le vélo lui même, seulement la dimension sociale, rentable et publicitaire du système.

Etrangement la mode est au vélo et pourtant le vélo est particulièrement ignoré dans cette mode. Dans le cas de ce type d’appareillage elle ne s’applique qu’à rendre continu l’usage du smartphone, y compris lors de trajets urbains où jusque là il était resté inutile (4).

Quant à contrôler les cyclistes dans la ville et les intégrer à la Ville Intelligente et Idéale, à rendre les cyclistes « plus intelligents », la question qu’il s’agit de se poser c’est : qui décide de ce que c’est qu’une ville ou que des transports « plus intelligents » ? Et celui qui décide est-il digne de la confiance collective, du bien public? Quand il s’agit de l’industrie du cycle et de géants de la communication et des affaires, il convient de douter.

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(1) Autre exemple d’appareil similaire : COBI, développé par une start-up et aujourd’hui racheté par Bosch pour ses vélos à assistance électrique : https://cobi.bike/fr
(2) https://myshadow.org/fr
https://www.journaldeleconomie.fr/Exploitation-des-donnees-la-Cnil-inflige-une-amende-de-50-millions-d-euros-a-Google_a6845.html ;
https://www.numerama.com/politique/282934-enquete-comment-les-apps-figaro-lequipe-ou-closer-participent-au-pistage-de-10-millions-de-francais.html ;
https://www.geoloc.ifsttar.fr/linstitut/ame/laboratoires/geoloc-ifsttar/
(3) https://www.youtube.com/watch?v=eoVwdDm97CU
(4) Voir sur Isabelle et le Vélo, le blog d’Isabelle Lessens : https://www.isabelleetlevelo.fr/2018/10/08/numerique-cyclistes-complices-dereglement-climat/